Le consortium CNRST-universités marocaines…une opportinuté à saisir

jeudi 21 janvier 2010

Dans le cadre de ses misions, l’IMIST a procédé en 2007 à l’élaboration de la convention créant le Consortium pour l’acquisition de ressources électroniques. Mis en place en 2008, ledit consortium, constitué du CNRST et de 13 universités, a pour mission de mutualiser les coûts des abonnements et obtenir les meilleures conditions d’accès aux bases de données auxquelles il est abonné.

La première action concrète du consortium à été l’abonnement conclu avec l’éditeur Elsevier Science qui permet à la communauté scientifique marocaine l’accès à des revues scientifiques de renommée internationale. Cet accord permet à tous les enseignants chercheurs et chercheurs relevant des institutions membres du consortium, l’accès aux deux bases de données phares d’Elsevier à savoir : Science Direct et Scopus. Pour Science Direct, le chercheur a accès au texte intégral des articles publiés dans 2000 revues scientifiques depuis janvier 2004. Scopus est une des plus grandes bases de données bibliographiques multidisciplinaires au monde. Elle indexe actuellement plus de 24500 titres de revues (dont 16500 actives), et plus de 700 actes de conférences, etc. Elle couvre différents domaines des sciences : sciences sociales (18%) ; sciences physiques (32%) ; sciences de la santé (34%) et sciences de la vie (16%). En plus de sa vaste couverture, Scopus offre des fonctionnalités qui permettent à tout chercheur averti de faire une analyse assez fine de l’évolution de la recherche sur un sujet donné et de dénicher les publications scientifiques les plus pertinentes qui y font autorité. L’utilisation de Scopus pourrait occasionner des économies considérables de temps et d’énergie et augmenter la qualité des publications des chercheurs. Après une année, il est judicieux de procéder à une évaluation de l’utilisation faite des bases de données par notre communauté scientifique. Cette évaluation a été présentée lors de la réunion du comité d’orientation de l’IMIST tenue le 1er juillet 2009 au siège du CNRST. Dans ce qui suit nous présentons un résumé des résultats et quelques recommandations.

L’abonnement en consortium, une opération bénéfique

En plus de l’économie d’échelle occasionnée en matière de prospection, de démarches et négociations auprès de l’éditeur et de gestion et suivi technique des accès, il convient de signaler deux indicateurs importants :
- Les chercheurs ont effectués presque 20000 recherches sur Scopus et ont téléchargé 284189 articles à partir 1771 revues de Science Direct. Ces chiffres permettent de ramener le coût de l’article à 5$ (moins de 40 Dh) environ au lieu de 30$ chez l’éditeur.
- L’accès à Science Direct a permis aux chercheurs marocains d’identifier de nouvelles revues d’Elsevier qu’ils ne connaissaient pas ou auxquelles ils n’avaient pas accès. En effet, sur les 1771 revues utilisées en 2008, seules 1114 revues, soit 61%, ont été citées comme références dans des articles publiés par les chercheurs marocains de 1960 à 2008. Sans compter l’incidence qualitative et quantitative de ces accès sur la production scientifique marocaine qui devrait apparaître dans les prochaines années, les chiffres ci-dessus sont encourageants.

Figure 1 : Utilisation de Science Direct, nombre moyen d'articles téléchargés par personne Figure 1 : Utilisation de Science Direct, nombre moyen d’articles téléchargés par personne

…mais l’utilisation reste insuffisante !

L’utilisation de Science Direct par les chercheurs marocains reste incomparable à celle d’autres pays de la méditerranée comme la Jordanie et la Tunisie où les chercheurs ont téléchargé plus de 1 millions d’articles. Ces chiffres nous interpellent pour comprendre les raisons de cette sous utilisation et prendre les mesures appropriées pour en relever le niveau. Pour commencer, considérons comme usagers potentiels les enseignants chercheurs et les étudiants de troisième cycle, population estimée à 38724 chercheurs en 2007. Avec ces chiffres on peut déduire des moyennes d’utilisation de Scopus et Science Direct. Sur Scopus, le nombre moyen de recherches effectuées est d’une recherche pour deux personnes. Ce chiffre, très bas est alarmant eu égard à la place que devrait avoir une base de données bibliographique dans la conduite d’un projet de recherche, sans compter les autres intérêts que présente Scopus pour les décideurs. Ceci nous amène à émettre l’hypothèse d’une méconnaissance de Scopus. L’examen du nombre moyen de recherches effectuées sur Scopus par université nous permet d’émettre les remarques suivantes :
- Un écart très important entre les universités allant de 0,07 à 1,01 recherches effectuées par personne ;
- Pour 9 universités sur 13, le nombre moyen de recherches effectuées est inférieur à la moyenne globale. A partir de Science Direct, les chercheurs ont téléchargé en moyenne 7 articles par personne par année. Cela veut dire même pas un article par personne par mois. On peut encore dire qu’il s’agit d’une sous utilisation d’une base de données comme Science Direct. Sachant que les effectifs ne sont pas les mêmes d’une université à l’autre, pour voir plus clair dans l’activité des universités, nous avons calculé les moyennes des téléchargements par université que nous avons représenté dans la figure 1. L’examen des chiffres obtenus permet d’émettre les remarques suivantes  :
- Un écart très important entre les universités allant de 2,1 à 19,2 articles téléchargés par personne  ;
- Pour 6 universités, le nombre moyen de téléactualité chargements est inférieur à la moyenne globale. En prenant le nombre moyen maximum (19,2 articles par personnes) de téléchargements nous avons calculé les téléchargements à atteindre par les universités. Les résultats obtenus sont représentés, avec les données de l’année 2008, dans la figure 2. L’examen des résultats nous permet de faire les constatations suivantes :
- Pour plusieurs universités le manque à gagner est assez important ;
- Même avec cette simulation on atteindrait un total de 741000 articles. Ce chiffre est loin de celui atteint par les pays cités ci-dessus (Jordanie et Tunisie).

Figure 2 : Simulation des téléchargements avec 19 articles par personne par année. Figure 2 : Simulation des téléchargements avec 19 articles par personne par année.

Recommandations

Les constatations résumées ci-dessus nous amènent à émettre les recommandations suivantes  : 1-Nécessité de préparer une équipe de spécialistes de l’IST dans chaque université, chargée de :
- Se tenir régulièrement informé l’évolution des outils et ressources électroniques et mis à la disposition des chercheurs de l’université ;
- mener régulièrement des compagnes d’information et de sensibilisation auprès des chercheurs sur les outils et ressources électroniques mis à leur disposition ;
- assurer l’accompagnement des chercheurs pour une meilleure utilisation des bases de données en général ;
- organiser localement des sessions régulières de formations ciblées dans les départements des facultés ;
- apporter aux chercheurs toute l’aide nécessaire pour l’utilisation optimale des fonctionnalités bibliographiques des bases de données comme Scopus ;
- apporter aux décideurs toute l’aide nécessaire pour l’utilisation des fonctionnalités avancées des outils comme Scopus, notamment en matière d’évaluation ;
- vérifier, régulièrement, si tous les établissements et départements de l’université accèdent sans problème aux ressources électroniques auxquelles l’université est abonnée et informer l’IMIST de tout changement d’adresses IP ;
- assurer la gestion des mots de passe pour l’accès à distance si l’option « accès distant » est attribuée par le fournisseur ;
- faire part à l’IMIST de tous les dysfonctionnements et problèmes d’accès constatés ;
- mener régulièrement des études des besoins et faire part à l’IMIST des nouveaux besoins exprimés ;
- faire part à l’IMIST de toute demande particulière exprimée par un groupe de chercheurs. 2- Nécessité d’équiper les locaux des universités, d’ordinateurs suffisants, pour permettre aux chercheurs une meilleure exploitation des ressources électroniques ; 3- L’utilisation de Scopus ou de toutes autres bases de données bibliographiques revêt une importance capitale dans un projet de recherche. Les chiffres, concernant l’utilisation de Scopus, présentés ci-dessus sont alarmants. Il est donc nécessaire et impératif de mener une action de formation sur l’exploitation et l’utilisation de ces bases de données ; 4- La grande majorité des revues est en langue anglaise. Pour tirer profit des ressources électroniques disponibles, un effort particulier sur la maîtrise des langues, destiné aux étudiants doctorants, est nécessaire.


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